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 Cauchemars de Crucru

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MessageSujet: Cauchemars de Crucru   Cauchemars de Crucru I_icon_minitimeJeu 28 Juil - 20:53

Yep, ici, outre mon feuilleton, j'ai décidé de publier ici tous mes cauchemars que je retranscris par écrit, encore une fois dans le but de m'alléger l'esprit.
Pour le feuilleton, confère ici: http://blackmetalfrance.forums-actifs.com/t969-le-grand-feuilleton-de-l-ete-par-friedrich-wilhelm-bergstein-alias-crusard-alias-lapinou-alias

Allez, je commence.

HOLOCAUST

J'ai rêvé que j'étais quelque part sous terre. J'ignorai pourquoi j'étais là. J'emboîtai le pas à d'autres hommes dans ce qui me semblait être l'étroit couloir d'une cave. Nous étions totalement nus. Une terreur intense nous étreignait tous. Il faisait chaud comme dans un sauna, et ma transpiration se mêlait à la sueur de ceux que je suivais ainsi que de ceux qui me suivaient. Le plafond était si bas que je devais avancer en penchant la tête. Les murs pavés de carreaux de marbre blanc étaient froids et humides d’un fin crachat de sueur, faisant frissonner ma peau à leur contact. La tuyauterie émergeait de manière chaotique sur le chemin; certaines conduites faisaient ainsi trébucher de temps à autre ceux qui étaient devant moi, engendrant alors une chute en chaîne où nous nous retrouvions amassés les uns sur les autres le temps de nous relever. Une panique folle nous forçait à nous pousser avec violence, chacun n'étant animé que par le seul désir de s'échapper de ce long couloir. On eût dit que nous étions du bétail sur le chemin de l'abattoir. En proie à la claustrophobie, certains hurlaient d'angoisse. Parfois, je devais escalader le corps d'un mec épuisé qui s'était couché sur le sol souillé de sperme et d'urine. Il suffoquait sous la température brûlante de nos corps en se faisant piétiner sous nos pieds fébriles. Celui qui tombait était condamné à ne plus se relever. Je n'entendais seulement que des gémissement affolés ainsi que le claquement humide et continu des pénis sur les cuisses des hommes poussés par derrière. L'atmosphère était franchement glauque et étouffante.
Lors de cette course éperdue qui me semblait durer une éternité, je constatai au bout d'un moment que notre file rétrécissait progressivement. Par dessus l'épaule de mon voisin, j'aperçus une éblouissante lueur orangée vers laquelle nous nous dirigeâmes inexorablement. De même, la température augmenta subitement, devenant rapidement intolérable. De minces filets noirs à l'odeur de chair carbonisée émanaient depuis la lumière toujours plus proche. Devant moi, des cris d'agonie se firent de plus en plus pénétrants.
Bientôt, lorsque toute cette partie du couloir fut enveloppée d’une couleur dorée, l'homme que je suivais fit violemment volte-face, se retournant ainsi pour la première fois face à moi. Il me lança des regards désespérés, s'agrippant avec force à mes épaules tout en griffant ma poitrine, m'exhortant à reculer. Il désigna nerveusement du doigt des flammes qui léchaient le mur et le plafond. Je discernai alors la source d'émanation de la lumière. À cet instant, je compris. Au bout du couloir se trouvait une porte ouverte sur une immense fournaise où y brûlaient dans un brasier incandescent ceux de la file qui y étaient tombés un par un. Je fis un bond en arrière, heurtant le type derrière moi qui ne comprit pas la raison d'un tel changement de direction. Animé par son instinct de survie, mon partenaire acculé au bord du gouffre de feu me poussa avec ardeur à contre-courant contre cette incommensurable file d'hommes, tous ignorants encore du destin funeste qui leur était promis. Je me précipitai avec toute l'énergie du désespoir vers cette colonne de viande humaine. Je glissai, puis tombai, m'agrippant aux jambes et mollets de cet inextricable tas de barbaque qui chutait sur mon corps écrasé. Le souffle saccadé de ces individus se mêlait au mien et les peaux collées de nos corps entrelacés ruisselaient de nos sueurs confondues. Impitoyablement, la portion de la file qui nous suivait nous poussa vers l'abîme en combustion, puis je me suis sentis tomber. Ma vue se brouilla lorsque le feu commença à me consumer.
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MessageSujet: Re: Cauchemars de Crucru   Cauchemars de Crucru I_icon_minitimeJeu 28 Juil - 20:54


Cauchemars de Crucru Clown10G

Ténèbres

C'était le soir. Je rentrai d'une journée de travail comme les autres, c'est à dire monotone, vide, et triste. La vie avait perdu de son sens depuis bien longtemps déjà. Depuis plus de quatre ans, la dépression rongeait mon âme tel un fluide corrosif circulant dans mes veines. J'avais tout le temps envie de mourir. Le bus me déposa dans une rue située à quelques kilomètres de la maison de banlieue où j'habitais. Les passagers qui descendirent avec moi se dispersèrent, puis disparurent aux coins de la rue. Le soleil, déjà très bas dans le ciel, faisait faiblement briller les façades des maisons d'une lueur vermeille. L'avenue, plongée dans l'ombre portée par les grands immeubles, semblait s'étendre à l'infini derrière l'arrêt de bus.
Je me faufilai quelques blocs plus loin entre deux bâtisses abandonnées avant de m'engouffrer dans un petit tunnel noir qui menait vers mon quartier. Après l'avoir traversé, je continuai ma route, ne rencontrant personne en chemin hormis quelques gosses en vélo qui me dépassèrent pour retourner dans leurs foyers. Au bout d'un moment, je constatais quelque chose de bizarre. Les ruelles étaient devenues subitement obscures. Je vis que les lampadaires de ce côté de la ville ne fonctionnaient plus malgré le fait que certains d'entre eux émettaient encore une lueur mourante. Je me mis à frissonner sans raison. Peinant à distinguer le trottoir noyé dans les ténèbres de la nuit naissante, je hâtai le pas. Je ne croisai qu'une seule voiture tout au long de mon chemin qui vint vers moi avant de disparaître rapidement, avalée par l'orifice béant du tunnel.
L'endroit était désert, et pourtant j'avais la désagréable impression que quelqu'un marchait sur mes talons, juste derrière moi. À chaque fois que je me retournai, je ne vis personne. L'allée était vide et j'étais seul. En reprenant ma marche, je sentais néanmoins à nouveau la même présence invisible, très proche.
J'arrivai enfin chez moi. Je dus m'y prendre à deux fois afin de tourner ma clé dans la serrure de la porte tellement j'étais nerveux. Debout dans l'embrasure de la porte, je me retournais vers la rue. J'apercevais plusieurs silhouettes humaines qui se détachaient sur un fond gris dans les dernières lueurs vespérales du jour. Elles étaient tournées vers la maison et avaient l'air de me regarder depuis l'autre côté de la rue. Effrayé, je fermai la porte derrière moi. En allumant les lumières du couloir, je me sentis plus rassuré. Je vivais dans une vieille demeure construite par mes grands-parents qui commençait aujourd'hui à se délabrer. Ma grand-mère malade habitait seule ici. À l'étage, je la trouvai assise sur une chaise, fixant comme à son habitude le mur blanc du salon comme si elle y lisait quelque chose. Elle ne parvenait plus à parler depuis son cancer, ni même à comprendre ce que je lui disais. Son regard était pourtant satisfait. Elle avait le visage épanoui malgré le fait qu'elle mourait chaque jour davantage. Il y avait quelque chose qui me glaçait depuis que j’étais rentré, l'impression qu'un étranger s'était introduit ici, nous épiant, caché dans l'ombre des recoins de la pièce, sous la table, derrière le canapé, les pots de fleurs et les meubles.
Par la suite, j'ai commencé à m'affoler à cause de ce que j'observais par la fenêtre alors que je fermais les volets. En réalité, je ne voyais rien car la nuit d'encre avait enveloppé l’extérieur, absorbant dans sa noirceur ce qui entourait la maison. Je me résolus de quitter les lieux afin de me rassurer, de vérifier si cette impression de vide était due à un effet de lumière ou non. Je dévalai l'escalier et ouvris la porte d'entrée. Je voulus faire un pas vers l'extérieur mais mon pied ne rencontra pas le sol. Je fis un bond en arrière. Je n'ai pas immédiatement compris ce qui était en train d'arriver. Ce que je vis alors me pétrifia sur place et je me tins immobile quelques instants, debout dans l'embrasure de la porte. Dehors, un immense gouffre noir s'étendait à mes pieds. Les marches de ma maison, la rue, la ville et le ciel avaient totalement disparu. L'univers entier semblait s'être désagrégé, laissant place à un chaos infini. C'était comme si un dessinateur avait gommé l'ensemble de son ouvrage, rendant ainsi sa feuille vierge. Ma maison avait l'air de flotter telle une tache dans cet incommensurable vide. Il y régnait un silence de mort. Apeuré, je décidai de jeter l'un des stylos de ma poche vers l'endroit où devait se trouver normalement la pelouse du jardin. Il est tombé bien en dessous du niveau normal du sol, et j'ai suivis sa chute du regard jusqu'à ce qu'il disparaisse dans l'abîme après avoir progressivement rétrécis dans le vide. J'éprouvais une sensation atroce de vertige. Je n'arrivais pas à comprendre comment un tel néant avait pu engloutir le monde. Je croyais voir un millier d'ombres noires qui étaient là, m'observant depuis l'extérieur.
J'ai fermé ma porte à double tour, puis je suis remonté en titubant à l'étage. Ma grand-mère n'était plus là. Le fauteuil où elle était assise était vide. Il ne portait même plus l'empreinte de son corps alors qu'elle s'était assise dessus toute la journée. Je l'appelai par son nom pendant quelques minutes dans toutes les pièces de la maison. Les murs renvoyaient l'écho de ma voix. La demeure était désespérément trop calme. Au bout d'un instant, l'éclairage des lampes commença à faiblir, puis s'est définitivement éteint. Je m'orientai en longeant les murs. Je pressentais des présences très proches de moi qui s'évanouissaient une fois que je les palpais. J'allai pousser un dernier appel, lorsqu'un profond soupir retentit derrière mon épaule. Je pensais alors que ce bruit avait été émis par ma grand-mère. En faisant volte-face, je n'aperçus que les formes floues du buffet et de la table qui émergeaient dans la pénombre. Mes cris devinrent des gémissements d'angoisses, et à chacun de mes hurlements répondait le même soupir désenchanté.
Mes yeux se sont peu à peu adaptés aux ténèbres et j'ai pu alors apercevoir de grandes silhouettes humaines qui se tenaient prostrées aux coins des murs, immobiles. Elles me regardaient comme des animaux qui dévisagent une proie. Elles se sont alors progressivement avancées en cercle vers moi. Je me suis accroupi, rampant pour leur échapper mais d'autres ombres approchaient vers moi depuis l'escalier. Elles m'ont attrapé, puis m'ont enveloppé dans leur corps d'ébène. Je me sens mieux à présent.

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MessageSujet: Re: Cauchemars de Crucru   Cauchemars de Crucru I_icon_minitimeMar 2 Aoû - 9:05

je me lance dans la lecture! (enfin),j'avais déjà lu celui de l'émasculation dans le topic humour.
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Glouny
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MessageSujet: Re: Cauchemars de Crucru   Cauchemars de Crucru I_icon_minitimeMar 2 Aoû - 9:38

C'est vachement bien écrit en tout cas !
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MessageSujet: Re: Cauchemars de Crucru   Cauchemars de Crucru I_icon_minitimeMar 2 Aoû - 17:43

Le premier était vraiment bien, j'ai eu l'impression de revoir "Si c'est un homme de primo levi", mais avec ton style typiquement affolant, (que je qualifierais même de macabre épique), en revanche le 2 était vraiment fascinant... en plus j'écoutais Anaal Nathrakh au même moment, je l'ai vraiment bien vécu en profondeur.

Continue comme ça.
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MessageSujet: Re: Cauchemars de Crucru   Cauchemars de Crucru I_icon_minitimeDim 7 Aoû - 17:28

Merci les gars pour votre soutien, c'est vraiment cool. Si je ne viens plus, c'est bien que je suis en vacances, et je ne chôme pas non plus. Bon, c'est pas un cauchemar que je vous envoie cette fois, mais c'est la description de fantasmes que j'ai fait sur une fille (oui, oui) Certes, c'est merdique et volontairement gnangnan, mais bref. Du romantisme à la crusard. Voici le texte:
Spoiler:
 
Je t'aime (salope)

C’est l’heure de la pause et chacun d’entre nous profite de cet instant à sa façon. La plupart choisit de se regrouper en discutant bruyamment sur les terrasses de café. De mon côté, je préfère m’isoler sur la table de dehors qui est la plus éloignée des autres, en sifflant une bière. Dans cette solitude où personne ne peut interférer avec le cours de mes pensées, la première gorgée me procure un plaisir fugitif mais pénétrant que je serais incapable d’éprouver en présence de mes semblables. Je laisse alors vagabonder mon esprit à travers des digressions fractales qui me mènent jusque dans mon subconscient tout en observant avec distance les passants pressés qui arpentent les rues.
J’ai fini par reconnaître certaines personnes de la foule qui avaient l’habitude de passer régulièrement dans les parages à la même heure. J’imaginais à travers leur visage la vie frivole qu’il menait, leurs personnalités superficielles et versatiles ainsi que la raison qui les portait ici jusqu’à moi chaque jour. Ils m’étaient dans une certaine mesure devenus familiers quoiqu’eux ne m’aient jamais aperçu et ne pouvaient deviner la personnalité morbide et repliée qui était la mienne. C’était un défilé d’histoires et de vies qui paradait sous mes yeux.
Parmi ces individus, une femme en particulier retenait mon attention. Je la vois monter comme de coutume les marches du perron d’un pas léger et s’assied, parfois seule ou avec ses amies à une table qui est bien souvent placée dans mon champ de vision. J’ai maintes fois eu l’occasion de l’observer sous toutes les coutures, de dos ou de face. Elle s’appuie nonchalamment du coude sur le dossier de sa chaise, dévoilant l’harmonique forme courbée de ses bras d’une blancheur éclatante. De temps à autre, elle croise ses jambes et pointe presque lascivement vers moi la pointe de sa chaussure à talon.
Ses cheveux satinés encadrent son visage anguleux en glissant symétriquement sur ses joues par nappes lisses depuis la faible raie de son crâne, avant de retomber impérieusement, telles les chutes de deux cascades d’eaux irisées le long de ses épaules d’une circonférence parfaite, qui luisent à la façon de deux rochers mouillés sous le soleil. La noblesse de sa personne est mise en valeur par son regard tendre, qui est rendu presque magnétique par de lourdes paupières que soutiennent ses yeux verts, dont la pupille semble être le foyer d’une lueur diaphane qui se propage sur son visage tout entier. Quoiqu’encore très jeune, son corps était déjà devenu celui d’une femme dont les hanches se courbaient délicieusement, joignant ses fesses arrondies comme une verte colline de gazon à une poitrine opulente, où les seins avaient déjà la rondeur de deux petits monts s’élevant au centre d’une prairie encore vierge de toute présence humaine. En de rare moments, elle s’apercevait que je la dévorais des yeux, et après que nos regards se soient croisés quelques secondes, elle baissait la tête, davantage agacée qu’intimidée.
J’avais alors seize ans et je pense qu’elle était aussi âgée que moi, tous deux venant du même lycée. Elle était vraiment magnifique. Je crois bien que ce fut la première fois de ma vie que je ressentis une telle impression d’amour devant une femme.
Les soirs, je m’imaginais m’endormir à ses côtés dans la pénombre de la chambre, nos deux corps entrelacés. Sa beauté m’enchaînait, et me mettait à genoux. Dans mes rêves et fantasmes, nous nous connaissions et les barrières de ma timidité et de ma pudeur qui m’empêchaient de l’approcher dans la réalité s’étaient alors volatilisées pendant mes errances oniriques. Nous étions même devenus des amants inséparables. Son esprit s’accordait à merveille avec la description de son corps.
Belle, et intelligente, nous avons parcouru le monde, traversé main dans la main des déserts torrides, escaladé des montagnes aux précipices abruptes, dormi ensemble sur un matelas de feuille à la belle étoile au beau milieu d’une nuit solitaire et enfin fondé une famille au terme de nos excursions. Installés loin de toute civilisation humaine et vivant en autarcie, nous nous protégions mutuellement de toute agression extérieure ainsi que de la folie du monde.
J’entraînai mon fils à chasser, je lui apprenais à se battre mais aussi à lire et à écrire, tout en lui communiquant le goût de la culture, de la philosophie et de la Littérature, tandis que mes filles recevaient l’instruction imposées par leur sexe qui comportait les activités ménagères, l’entretien des animaux, ou encore le jardinage. Les soirs, en enroulant un bras autour de la taille de ma femme, j’observais le travail accompli pendant la journée, constatais l’épanouissement et le développement de mes enfants, et la prospérité de notre foyer resplendissant sous les rayons du soleil qui se couchait sous un horizon embrasé, teignant la vallée de mille feux.
Quand il aurait été temps pour moi de quitter cette vie et de m’évanouir dans le néant, relégué parmi les ombres de mes ancêtres, mes fils seraient descendus vers les villages, et auraient brandis fièrement devant les yeux hagards des autres êtres humains affaiblis par leurs guerres le flambeau de notre connaissance. En enseignant à leur tour à leurs fils les préceptes de solitude et de volonté que je leur ai appris, ils auraient ainsi prolongé la lignée des Bergstein qui aurait demeuré à jamais immunisée contre les ravages et hécatombes engendrés par la race humaine.
Or tout cela n’était pas destiné à se produire. Il ne s’agissait que d’un fantasme fugitif tout juste bon à s’accomplir sur le papier, une vision fugace que j’eus à peine le temps de graver sur le marbre de ma mémoire afin de l’immortaliser. Selon mes pairs, je n’étais pas né pour aimer, ni pour être aimé. Mon asociabilité et ma misanthropie naturelle avaient développés en moi au fil des années de nombreuses tares psychologiques, dont la paranoïa, l’hypocondrie et la psychose qui me faisaient honte.
Qu’aspirent donc toutes les femmes aujourd’hui quand elles se frottent auprès du torse d’un homme ? Un vit turgescent sans cesse profondément planté dans leurs sphincters. Elles recherchent exclusivement la candeur de jeunes minets aux cheveux blonds gominés qu’elles désignent par l’expression « beau gosse » en exaltant l’attrait artificiel que leur procure un visage imberbe masqué par des lunettes Ray Ban ridicules. En somme, le portrait du parfait spécimen de sous-homme parfaitement intégré à la société qui inonde ces rues pour se déverser dans la boîte de nuit la plus bruyante de la ville.
J’avais l’intime conviction que si j’essayais de faire connaissance avec cette femme en m’asseyant à sa table, je découvrirai en elle l’image d’une personne mondaine qui se laisse emporter par les bas courants de l’arrivisme. Je ne voulais pas me sentir désabusé. De plus, je ne me sentais pas à la hauteur de m’adresser à celle qui était pour moi le symbole de la féminité. De par ma personnalité, j’étais indigne de posséder un jour un tel bijou de chair.
Néanmoins, je me résolus de lui adresser une missive en témoignage de ma passion. Ce serait une charmante lettre anonyme dans laquelle je louerai son charme et où je traduirai l’effet qu’elle a fait sur moi. Je ne me sentais aucunement capable d’assumer ma véritable identité. Si elle aurait su que c’était ce malade désaxé de Bergstein qui lui a adressé ce courrier, elle le montrerait à ses copines et éclaterait de rire, toutes hilares de ma sensibilité. Ma réputation de personnage malsain était déjà connue bien au-delà des frontières du lycée que je fréquentais, et de nombreuses rumeurs circulaient déjà suffisamment sur mon compte.
Tout en dépliant une feuille de papier bleue, j’attrape un stylo à encre noir et écris :


Chère inconnue,


Je vous écris cette courte lettre en espérant qu’elle vous soit le plus agréable possible à lire. Je vous aperçois souvent depuis plusieurs mois déjà, et je vous avouerai que la grâce de votre personne m’a émerveillé comme jamais une autre femme n’a réussi à le faire auparavant. Cependant, je frémis à l’idée de vous approcher. Je ne pense pas que je mérite de partager le souffle de votre respiration, assis face à face autour d’une table tout en partageant nos passions et activités car je n’en ai pas qui vaillent la peine d’intéresser une délicate créature telle que vous.
Vous êtes tout, le monde et le ciel, suspendue dans le ciel et auréolée de gloire, tandis que moi je ne suis rien, si ce n’est qu’un fils de Satan, maladroit et autodestructeur. Vous aborder serait commettre un attentat à la pudeur. Votre beauté sera parvenue à illuminer mon quotidien, morne et redondant ainsi qu’à percer pour la première fois de mon existence mon cœur de pierre.
Je vous aime, et je vous souhaite du bonheur dans cette vie passagère. Puissions-nous nous rencontrer à travers d’autres formes d’éternités par delà la mort, nos corps entrelacés à jamais et unis par un coït ininterrompu, votre bouche sur la mienne, si seulement le trépas ne débouchait pas inéluctablement sur le néant. Sachez que vous avez bouleversé la vie d’un homme qui ne désire que votre plus grand bien. Je vous aime et j’aurais aimé vous épouser, vivre avec vous dont la présence m’enchante, me procurant un plaisir sans cesse renouvelé. Acceptez cet amour que je vous déclare, quoique nous ne nous rencontrerons sûrement jamais.


Adieu.

***

Je relus attentivement la lettre plusieurs fois. Au bout du compte, je la jugeai très satisfaisante, ma première lettre d’amour, bien que je ne savais pas encore que ce serait la dernière.
Je guette l’instant propice où je pourrai la déposer sur la table de ma destinataire. À la fin, elle s’éloigne aux toilettes pour se laver les mains. Je sors sur le trottoir de la rue et, le dos appuyé contre le mur, j’attends patiemment qu'elle revienne. Elle réapparait quelques instants plus tard, et déplie ma lettre. Personne ne m’a aperçu. Je suis ainsi certain qu’elle l'a lu et j’en suis heureux.


Deux jours plus tard, l’appartement de Wilhelm est investi par la police. La femme à qui était adressée l'enveloppe a pensé à l’œuvre d’un pervers, et en réfléchissant un petit peu, on se rendit compte qu’il n’y avait que ce maniaque de Bergstein pour écrire des choses pareilles; elle porta alors plainte contre lui. On découvrit dans les tiroirs de son bureau plus d'une centaine de photographies pornographiques mettant en scène des paraphilies diverses.


Dernière édition par Wilhelm le Lun 8 Aoû - 10:03, édité 1 fois
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Orochi
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MessageSujet: Re: Cauchemars de Crucru   Cauchemars de Crucru I_icon_minitimeDim 7 Aoû - 18:17

je lis dès que j'en ai l'occasion! (demain en fin d'aprèm au plus tard)
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Octopus
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MessageSujet: Re: Cauchemars de Crucru   Cauchemars de Crucru I_icon_minitimeDim 7 Aoû - 19:27

J'ai trouver ça plutôt sympa.
Ça change des cauchemars !

Et tu sais ce que je pense des deux premiers étant une névrosée qui fait ce genre de cauchemars.
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MessageSujet: Re: Cauchemars de Crucru   Cauchemars de Crucru I_icon_minitimeDim 7 Aoû - 20:12

Tu as apprécié, Miss Octo, c'est cool. C'est inspiré par le film la maman et la putain, le poème "à une passante" de Baudelaire ainsi que par ma propre expérience. D'ailleurs c'est le café présent dans le film que j'ai mis dans la photo.

@Panzer: T'attend pas à quelque chose de glauque ou de scabreux sur ce coup là. J'ai écris ça parce que j'étais en vacances et que je n'avais pas trop envie de continuer à écrire ce genre de choses, car "soleil, plage, repos". Quoique, tu parles. J'ai pas eu un seul instant de repos depuis que je suis arrivé, boîte de nuit tous les soirs, ça danse sur du "boum, boum, tchak tchak", de la rythmique sans intérêt, impossible de dormir, des gosses qui gueulent toute la journée dans la résidence, bref... J'aurais bien écrit une ballade où je les descend tous au fusil à pompe, auf que je ne sais pas en composer. Donc il faudra se contenter de ce petit texte miévre pour l'instant.
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Octopus
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MessageSujet: Re: Cauchemars de Crucru   Cauchemars de Crucru I_icon_minitimeDim 7 Aoû - 20:27

Titou le lapinou a écrit:
Tu as apprécié, Miss Octo, c'est cool. C'est inspiré par le film la maman et la putain, le poème "à une passante" de Baudelaire ainsi que par ma propre expérience. D'ailleurs c'est le café présent dans le film que j'ai mis dans la photo.

Je me disais bien qu'il y avait un peu de ça, mais il me semblais que c'était mon imagination débordante qui me jouais un mauvais tour.
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MessageSujet: Re: Cauchemars de Crucru   Cauchemars de Crucru I_icon_minitime

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